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La numérisation : l’avenir de l’enseignement supérieur?

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La numérisation : l’avenir de l’enseignement supérieur?

Entretien avec Géraldine Borde – cadre de l’enseignement supérieur

Effets de COVID-19 sur l’enseignement supérieur

  1. Selon vous, quels sont les principaux effets à long terme de COVID-19 sur le secteur de l’enseignement supérieur ?

Indéniablement, le secteur de l’enseignement devra prendre leçon de cette crise.

Dans un premier temps, sur la souplesse et la vitesse d’adaptation en cas de changement de paramètres d’enseignement. Aujourd’hui, toutes les structures (ou du moins, celles qui sont toujours là) se sont adaptées à l’enseignement en ligne, avec plus ou moins de succès, disons le.

Demain, c’est un critère de choix pour les étudiants et leurs familles, garantissant la pleine réussite de leur étude.

Ce qui implique :

  • Une amélioration de l’accès au réseau, fiable et rapide
  • Une adaptation des cours à prodiguer en ligne
  • Une adaptation de l’emploi du temps à adapter
  • Une pédagogie prenant en compte ces nouveaux paramètres
  • Une complémentarité des compétences à déployer pour les enseignants

2. Quels sont les plus grands défis pour les étudiants dans les années à venir ? 

Nos étudiants devront pouvoir eux aussi développer une réelle capacité d’adaptation et un champ large de compétences, le tout dans un environnement qui évolue rapidement et qui cherchent des solutions pour réussir cette adaptation incontournable.

Ils devront également prendre en compte la dimension internationale du marché du travail.

Les méthodes de management pour ces profils sont essentielles pour leur garantir le sens qu’ils recherchent dans le métier qu’ils rejoindront.

La numérisation et l’enseignement supérieur en France

3. Comment compareriez-vous les établissements d’enseignement supérieur en France par rapport à d’autres pays comme les Etats-Unis ou le Royaume-Uni en ce qui concerne la numérisation de l’enseignement ?

La France brandit son ambition digitale dans un contexte européen qui l’encourage dans ce sens.

Pourtant, la maîtrise des enjeux n’est pas égale en fonction des établissements.

Les écoles privées ont un temps d’avance, par leurs moyens financiers à déployer. Pourtant, l’état d’esprit bloque encore sur des habitudes ancrées, des réflexes ancestraux, des résistances au changement de paradigme inéluctable inspiré par un contexte chahuté.

Du côté de nos amis britanniques, et notamment dans les universités, la souplesse adoptée rapidement a permis aux étudiants une continuité pédagogique logique et incontournable. 

4. Quelles sont les parties les plus importantes de la chaîne de valeur qui seront rendues possibles par la numérisation – Admissions/ Classes (enseignement) / Evaluations ? 

De manière évidente, l’admission, par son caractère économique, incite les structures d’enseignement à adapter leurs outils. Véritable clef d’entrée véhiculant aux avant postes l’image de l’école, l’admission porte les promesses et les garanties pour l’étudiant de trouver le bonheur qu’il vient chercher. De ce fait, les écoles surinvestissent les moyens digitaux pour capter l’attention, engager la relation et maintenir le contact avec l’étudiant tout au long de la relation commerciale naissante. 

Sur la partie enseignement, un paramètre lié à l’investissement même des enseignements, ou des professionnels en face à face, doit forcément être pris en compte. Si l’école s’engage à fournir les outils, reste à former l’équipe pédagogique, à la convaincre de l’utilité (efficacité) du système. La poche de résistance là encore est mesurable dans le temps d’acquisition des compétences par les plus récalcitrants des formateurs qui verront avant tout un temps précieux passé et non rémunéré. Chaque école fonctionnant par ailleurs avec un système propre et indépendant, notre formateur devra être agile pour passer d’un système informatique à l’autre sans s’en mêler les pinceaux.

Reste le système lié aux évaluations : pierre angulaire de la formation, il ponctue plusieurs temps forts du parcours de formation.

Ce qui restait maîtrisable dans un enseignement en présentiel, avec l’enjeu lié à la note, ou au passage dans la classe supérieure, l’est beaucoup plus difficilement dans une contrainte du distanciel. L’élément effrayant pour les structures d’enseignement s’articule autour de la triche, inhérente au principe de l’évaluation.

Les évaluations – en ligne ou en présentiel?

5. Y a-t-il un changement dans la façon dont les instituts envisagent les évaluations ? 

A ce jour, et fort de la leçon de la pandémie qui a éloigné les étudiants des bâtiments physiques, les évaluations sont un véritable défi à relever pour les écoles. Elles ne sont pas spécifiquement dans les priorités de la rentrée, le calendrier leur donne un peu de temps.

Quoi qu’il en soit, la question de l’organisation, des besoins, des attendus des différents acteurs, des résultats, est un véritable casse tête qu’il faudra régler au plus vite pour parvenir à garantir une solution fiable (techniquement), garante de résultats justes (au sens de justice et justesse), et adapté pour chaque acteur (écoles, étudiants, intervenants).

6. Quel rôle la technologie peut-elle jouer dans l’organisation des évaluations et des examens ?

Une fois la confiance et la fiabilité assurée, la technologie apportera le garde fou recherché par les écoles. Les évaluations seront réfléchies avec les indicateurs en amont (vérification d’identité), et en aval (mesures et contrôle à toutes les étapes) pour 

7. Les examens et évaluations en ligne sont-ils une solution à long terme ?

De mon point de vue, c’est une solution qui viendra compléter dans un premier temps le besoin des écoles.

On passe du 100% en présentiel, à un taux de plus en plus important des évaluations en ligne (pour pallier aux impossibilités des déplacements physiques). Les bénéfices calculés (gain de temps, gains d’argent) permettront d’augmenter petit à petit la part du digital dans les examens.

La confiance et la fiabilité technique s’installeront pour permettre au digital de prendre la place qu’il mérite.

8. Sont-ils meilleurs ou pires que les examens en face à face ? Comment ? 

Les critères de performance des examens dépendent majoritairement des exigences des intervenants.

Les solutions en ligne sont un moyen de parvenir à évaluer l’élève sur ses compétences. L’intervenant doit avoir la garantie de garder la main sur cette partie crucial déterminant la réussite de l’acquisition ou non des compétences attendues.

Passé cette étape, la fiabilité technologique garantie la performance du contrôle (temps, moyens).

Les solutions d’examen en ligne permettent donc :

  • un gain considérable de temps (surveillance, préparation de la salle, rangement de la salle),
  • un gain de disponibilité pour les acteurs (pédagogie, intervenants, surveillant)
  • un gain de fiabilité (mesures enregistrées)
  • un gain de souplesse d’organisation

9. Comment les instituts peuvent-ils bénéficier de la mise en ligne de leurs examens et évaluations ?

Je préconise le test en temps réel, à l’échelle humaine de l’équipe.

Le réflexe doit être installé par la mesure des bénéfices et en levant les freins identifiés.

Test sur une période courte, gratuit et suivi pour l’accompagnement à la mise en place de la récurrence de l’outil à plus grande échelle

10. Y a-t-il un impact sur les étudiants internationaux ? 

Je ne fais pas forcément de distinction sur les internationaux au stade de l’évaluation, en dehors de la phase d’acquisition des prospects. A ce jour, les solutions en ligne, de part mon expérience, restent trop timides et peu encadrées.

Mieux s’adapter aux besoins technologique

11. Comment les écoles pourraient-elles mieux travailler avec les start-ups EdTech ?

Je pense surtout que c’est aux start ups de se faire connaître des écoles dans les solutions développées et qui doivent correspondre aux besoins.

Le principal frein reste ici le changement des mentalités pour intégrer un changement des habitudes dans les manières de faire, dans un contexte où le temps (mise en place + compréhension) est une denrée rare !